les coups les baisers

Ce n’est pas moi qui parle quand j’ai bu. C’est l’autre voix qui prend mes lèvres pour dire ce que, le jour, je tais.

Je veux du silence et des corps, des bruits qui s’échappent. Qui ne mentent pas, que rien ne limite, que rien n’effraie. Je n’ai pas peur d’avoir mal, je n’ai pas peur de l’ailleurs ni de l’après. Je suis en paix et en force. Je suis le présent, les rêves incarnés. Je suis nue, j’attends les coups et les baisers. Il n’y a rien qui m’effraie, j’ai faim de tout, j’ai le corps assez grand.

Elle est aussi violente que l’honnêteté. Les mensonges ne tiennent pas sur sa peau, ça glisse. Ne reste que du vrai, vrai qu’elle ne m’aime pas, vrai qu’on ne la saisit pas, vrai que c’est fragile, vrai qu’il n’y a pas de promesse, vrai qu’on ne peut rien prédire, rien attendre. Vrai que chaque fois est la dernière.

Les couteaux

Je veux bien me faire manger mais ton corps nu.

Le corps et rien d’autre. Pas un sentiment plus haut que l’autre. Des battements de coeur à ras le sol, pas plus hauts que moi plaquée au sol. Tenue à distance.

Puisqu’il faut rester détaché, ne pas faire dans le sentiment, je suis imperméable. Il y a quelque chose de facile, quelque chose de la mort ou du suicide à se lancer dans une non-histoire. Accepter de partager tes règles de non-partage. Je m’engage à ne pas m’engager. Je me répète cent fois que je ne m’attache pas.

Mais c’est toi qui m’attache. Et vois comme je te laisse faire. Toi qui me force à regarder tes yeux en m’embrassant doucement. Ta petite cage à pensées sombres, celle-là même qui me terrifie, tendre dans mon cou. Dents refermées sur mon épaule, pointes courant sur mon ventre. Tes cheveux des couteaux, tu es un serpent.

Il y a une mémoire sous mes draps. Ce que je refuse de partager, ce dont je ne veux pas m’imprégner s’incruste sous ma peau, parasite le dessous de mon crâne. Tes obsessions dans mon lit sont toujours là après toi. Elles occupent une place que je ne leur laisse pas.

Tu mets toute ta force pour me maintenir au sol, à hauteur de rien. Tu t’agites et je reste silencieuse. Je mets des règles dans ma tête pour rester pierre, pour rester mort.

sur la langue.

J’ai tous mes amants sur la langue, tous leurs accents. Je me fonds dans les tics de langage, les sons d’un coin ou de l’autre du pays.

Être amoureux c’est créer une voix, quand on ne sait plus qui a volé quoi à l’autre, qu’on lui a piqué à nouveau. De qui la tient-il avant moi ? J’ai sur la langue les restes de tous ceux que tu as gardé.

La bile et l’infini

J’ai passé quatre frontières, j’ai parcouru des routes, parfois seule, parfois pas toute seule, parfois arrêtée en chemin. Entre-temps, on a dormi en cuillère. On a discuté et puis j’ai pensé au fil qui parfois se tend entre les têtes des gens et la mienne - en fait, parfois c’est deux fois - j’ai souri parce que ça avait un goût d’infini puis ça m’a rattrapé : la bile cachée derrière l’infini. Ce truc viscéral plus fort que toutes les pensées, le corps indomptable insaisissable. Alors j’ai arrêté de sourire et puis j’ai arrêté de ressentir pour me mettre à son niveau. Je tombe amoureuse des filles en voyage parce que le décor derrière donne envie d’imaginer n’importe qui. Les voyages sont comme des silences, des pages blanches. On n’y met des choses qui ne sont pas là.

Je sais que je dis non, qu’on me dit non et puis ça passe. Les contextes, les circonstances, ça ne tient pas en place. J’ai essayé d’être nomade, de quitter a pour adopter b, de couper tous les fils au décollage. J’ai atterri de travers et j’ai compris qu’on ne pouvait espérer la liberté qu’entre les lettres de l’alphabet. Qu’il fallait oublier les mots lorsqu’ils sont pauvres. Qu’ils sont autant d’internements volontaires. Que si l’un n’est pas plus juste que l’autre, il y a dans les silences quelque chose de trop bavard. Il faut désapprendre encore, rebrousser chemin. Là où l’on ne va pas de soi. Il n’y a qu’en déséquilibre que l’on puisse être juste.

creuser ravir

Toujours besoin d’aligner tes détails, ne rien oublier sur la liste des choses qui me rapprochent de toi. Qui te font dans ma tête, je note les sourires les regards les propos rapportés. J’invente des peut-être passés, des possibles possibles, d’inévitables chutes.

Je m’essouffle, refuse de mentir et cache tout, je laisse le temps gagner, m’épuiser. Pourquoi faudrait-il exister à travers les yeux amoureux, d’autres que les miens ?

Je peux écouter ta voix et me taire. Me casser la gueule le long de tes boucles et me taire. Ne rien dire, cacher les bleus, rouvrir les yeux.

Mon corps se creuse, incomplet, ne se suffit plus. Affamé. Que ta voix, bouche, sourire, boucles pour le ravir.

Je ne sais plus accepter d’être regardée. Se donner en spectacle pour un public composé d’une seule personne. Ne puis-je pas être pour moi ? Pourquoi faudrait-il tes creux, ta faim pour sublimer les miens ? Pour autoriser. Le désir que j’ai pour vous suffit. Le jeu dans ma tête, mon érotomanie m’occupe.

il n’y a jamais que les gens dans ta tête.

animal

Peut-on être bien avec le doute ? Accepter de chercher. Peut-on être deux avec le doute ? Accepter de ne faire que chercher. On demande la perfection de l’autre. De ne jamais trouver. La perfection non, on attend soi de l’autre. À la seconde où l’on se rend compte que ce n’est pas soi qu’on tient, on lâche prise. On attend la vérité, offerte, mais personne ne l’a, elle n’existe pas.

Elle m’a regardé dormir. Elle ne quitte pas ma tête comme il ne quittait pas ma tête mais je crois qu’il n’existe plus, son souvenir me hantera mais peut-être n’a-t-il jamais existé. Je ne crois pas qu’on puisse perdre quelqu’un, tout simplement je ne crois pas qu’on puisse saisir quelqu’un.

Je me suis inventée des autres, construit une petite liste d’amants, des interlocuteurs sur qui crier, à qui adresser. La plainte. Je suis blessée et ce ne peut être que par l’autre. Parce qu’il est plus légitime de crever d’amour que de crever pour rien. Alors je tombe en deux secondes, pour rien, pour des détails, c’est l’après qui me tient.

Je peux nommer tes détails, l’un après l’autre. Ce n’est pas toi les détails, les objets, les phrases. Ce sont des mensonges que je pose sur toi.

Sourire : mentir, aimer : se mentir. On ne fait que ça, on transforme. Ce qui s’est dit, ce qu’on a senti, on invente, je ne veux pas mentir. Les autres nous font mentir, parce qu’on doit parler et partager. Je n’ai rien à partager parce que je sais que tout est mobile, plus rien n’existe quand on y pense longtemps. Il n’y a rien que je crois, alors je n’ai plus les mots, plus de vérité, il n’y a rien à dire. Et pourtant j’écris.

Il faudrait une histoire d’amour qu’on écrit, une histoire muette sans vérité, sans se parler, vide de mensonges. Je ne sais pas vivre, que doit-on partager, que doit-on dire. Je ne sais pas être avec les autres.

Voilà mon attachement aux corps, ce qu’on sent. J’aime les corps parce que j’aime la nuit et le silence. Les corps n’ont pas de langage. Ils se taisent et ne sont pas morts pour autant. Je ne suis pas morte pour autant.

Il faut se taire, cesser d’écrire, non cesser d’apprendre, je veux retrouver l’animal, me construire sans les autres. Les animaux ne parlent pas, pourtant s’aiment-ils ? C’est le genre d’amour que je veux, coupé de la parole, coupé du protocole. Je ne veux rien apprendre, sinon ce n’est plus moi qui pense, plus moi qui écrit. C’est cela la folie : se supprimer.

J’attends le sommeil.

Je suis dans la salle d’attente du sommeil.

Je ferme les yeux, j’essaie de ne croiser le regard d’aucun de mes souvenirs de toi.

Je respire fort, j’essaie de trouver une pensée agréable, comme Peter Pan, pour m’endormir entre de bonnes mains.

Je me sens toujours volée par les autres. Je n’ai vraiment pas besoin d’heures supplémentaires de conscience.

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Sous l’eau, j’ai pris le temps de pleurer pour toi, pour moi qui ne te plais pas.

Tu m’as laissée ta petite bête noire, ton brouillard.

Sous l’eau, ce que je ne comprends pas, ce que tu joues devant moi.

On penche toujours vers qui nous pétera la gueule, qui aura notre peau.

When you don’t like old words, you have to make new ones - and that is terrifying.

I have words I cannot share - I have secrets I cannot tell.

Te prendre pas comme il faut.

Est-ce qu’on calcule le taux d’endorphines, les secondes séparants deux resserrements de mon vagin, les gémissements et les soupirs - le taux de testostérone dans les corps au bout de mes lèvres, la carte génétique et les gonates de ceux qui font pulser mon sang jusque sous mes doigts.

Cela n’a pas de sens que mon identité soit en jeu quand j’aime quelqu’un. Que le mot change selon qui j’ai sous les doigts, à l’intérieur de qui je suis. Il y aurait-il des personnes plutôt que des comportements homosexuels ? Non, homosexuel n’existe pas, je ne me battrais pas pour porter ce nom, aucun nom. Je crois en les mots parce que pas un seul ne suffit, parce qu’il faut toujours réécrire, créer une image avec plusieurs mis bout à bout à l’envers à l’endroit. Nos corps sont des mots, ils se mélangent et forment un nouveau sens, sans cesse. Je retourne les mots et ton corps, te prends à l’envers, te prends pas comme il faut. Comme la pensée, l’écriture, les corps. Peut-être oui sommes-nous nomades. Le nomadisme me donne la nausée, à quoi croire si je ne crois pas en mon identité, le monde peut bouger autour, je me tiens droite, il faut que mon corps existe que je puisse y fouiller, une maison où penser où s’arrêter, ma seule vérité.

Je peux me toucher, je ne fais que ça, les autres me traversent même quand je suis seule. Ne suis-je jamais seule ? Qui parle dans mon désir, je peux donner des noms. Des noms des noms des noms. Peut-on oublier le langage. Je peux le tordre, ne pas le dire, ne pas lui faire de place dans ma bouche, dans mon corps, je peux vivre sans. Le silence transforme mon corps.

Ce que je dis, c’est que mon désir ne change pas selon le corps au bout de moi, c’est mon désir qui me définit, il n’y a pas d’orientation sexuelle, je ne suis pas définie par l’extérieur mais par le désir qui brûle au fond de moi qui est le même selon. Selon selon selon. Mes comportements ne me définissent pas, j’ai aimé avant de toucher. L’envie me définit, le sentiment impalpable qu’est l’envie, pas les objets de mon envie.

J’ai eu une relation homosexuelle avec un garçon. Je ne peux pas m’empêcher de le penser, de le répéter, c’est la seule vérité que je connaisse.

Ça n’a pas de sens. Mon enfance s’efface-t-elle sous tes reins ?